La cure psychanalytique rend-elle plus intelligent ?

La cure psychanalytique rend-elle plus intelligent ?

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La cure psychanalytique rend-elle plus intelligent ?

 

Pour introduire mon propos, je vous présente mon cadre de travail d’où s’inspire mon intervention. J’exerce la psychanalyse en libéral, depuis maintenant quelques années. Je reçois des patients et des psychanalysants, en psychothérapie ou en psychanalyse donc. Et je travaille dans ma thèse à théoriser quelque chose concernant les effets d’une cure, en étudiant plus précisément le concept de la castration.

Ce qui m’intéresse c’est d’essayer de saisir ce qui peut se passer dans une psychanalyse, puisque mon observation de départ et mon expérience, c’est que traverser une psychanalyse, ça transforme vraiment celui ou celle qui vient s’y frotter !

Pour préparer cette intervention, je suis partie du titre du colloque, « Bilinguisme et intelligence : don de soi, perte de soi ».

Il est vrai que la notion d’intelligence ne fait généralement pas partie de mon vocabulaire pour penser ma pratique clinique quotidienne. Le désir et le savoir inconscient n’ont a priori que peu de choses à voir avec les capacités cognitives et mentales, dans un premier sens, comme ça, basique, de l’intelligence.

Mais en regardant l’étymologie du terme, intelligence, et sa définition, j’ai appris qu’il renvoyait à la faculté de comprendre certes, mais aussi de choisir, de s’adapter à des situations nouvelles, de découvrir des solutions aux difficultés, ou encore de rassembler ce qui fait lien. Voilà qui nous rapproche de la cure psychanalytique et de sa règle fondamentale léguée par Sigmund Freud, l’association libre.

Quant à cette formule « don de soi et perte de soi », elle m’a parue tout à fait à propos pour évoquer mon sujet de questionnement, et notamment qu’est-ce qu’on gagne à faire une psychanalyse ? Et qu’est-ce qu’on y perd ? C’est ce dont j’aimerai vous parler aujourd’hui.

Mon titre pose la question de savoir si une psychanalyse rend plus intelligent ? C’est à prendre avec un second degré. C’est une façon de poser autrement la question de la sortie de cure et du changement subjectif qu’elle suppose.

Mais commençons par le début. Pourquoi quelqu’un vient à nous, cliniciens, pour entamer une psychothérapie ou une cure psychanalytique ? Généralement parce qu’il souffre, parce que quelque chose ne tourne pas rond, avec lui-même ou avec les autres. Ce quelque chose qui ne va pas, ça porte un nom, c’est un symptôme et ce symptôme se présente sous la forme d’une énigme pour celui qui souffre, c’est-à-dire quelque chose comme « je ne peux pas m’empêcher de » ou encore « c’est plus fort que moi ». Que ce symptôme s’exprime dans l’organisme, le corps, ou le psychisme, celui qui souffre le vit d’abord comme quelque chose d’étranger à lui. La cure interviendra alors à partir d’une position de non savoir, de non savoir sur soi.

Et ce que nous a appris la psychanalyse et bien évidemment Freud, c’est que ce symptôme, il a quelque chose à dire sur ce que l’être ne sait pas, ou ce qu’il ne sait pas qu’il sait. Et même il veut dire quelque chose, ce symptôme, à condition de le parler.

Venir entendre ce que le symptôme a de précieux à dire, c’est venir entendre des choses qui n’avaient jamais encore été dites, des choses qui touchent au plus intime de l’être. La force de la psychanalyse est là, pouvoir faire dire aux mots autre chose que ce qu’ils n’ont jamais dit.

Mais comment cela se produit-il dans la cure ?

En allant chercher une parole dans l’inconscient, dans cette Autre langue qui nous constitue. Le bilinguisme, je l’entendrai pour ma part comme le fait de parler cette Autre langue, la langue de l’inconscient, à laquelle nous pouvons avoir accès, à notre insu, grâce aux formations de l’inconscient, mais surtout dans la cure grâce à la méthode de l’association libre.

Tout le travail de celle-ci consiste à aller piocher dans ce lieu là, ce grand Autre que nous a légué Lacan, ce lieu du langage, du savoir, qui est là avant même notre arrivée au monde. C’est à partir de ce lieu là qu’il pourra dire et entendre quelque chose de nouveau.

Lorsque l’être sur le divan parvient à piocher dans ce trésor des signifiants, comme le nommait Lacan, et non plus à s’exprimer à partir de son Moi, alors nous pourrions dire qu’il parle une Autre langue.

Finalement, il s’agit bien de parler une langue étrangère, mais avec les mêmes mots. Tout le secret est de pouvoir les entendre différemment, Autrement. C’est ça qui transforme dans une cure, cette parole qui vient de ce lieu-là, qui surprend et qui modifie le rapport de l’être à lui-même, aux autres, au Réel.

Cela s’entend quotidiennement dans la clinique : « je n’avais jamais entendu cela comme ça », « ce n’est pas ça que je voulais dire mais c’est sorti comme ça », « je ne sais pas pourquoi mais ce mot là me vient à l’esprit » ou encore même grâce au lapsus. Certains choisiront de ne rien entendre, « non non je me suis trompé, ce n’est pas ça que je voulais dire ». Mais lorsqu’il l’entend, cette parole fait retour dans le Moi, et ça, ça produit un effet de castration. L’ego se dégonfle, l’être accepte peu à peu qu’il ne sait pas tout. Il se confronte à son ignorance, et là, se réanime du désir, dans la cure et dans la vie du patient.

Pour cela, il faudra aussi beaucoup du désir du psychanalyste, pour qu’il puisse veiller à faire suivre au patient la voie de l’association libre, à savoir, dire ce qui vient à l’esprit sans retenir quoi que ce soit, et non pas ce que le patient veut dire.

Plusieurs fois par jour, j’entends les patients commencer leur séance par « oui alors aujourd’hui je voulais dire, je voulais parler de », « non, pas ce que vous voulez dire, là maintenant, c’est quoi qui vous vient à l’esprit ? ». Parce que si on ne fait pas ça, nous cliniciens, alors on laisse le Moi parler, raconter, essayer de comprendre, d’analyser. Et ce n’est pas du tout par cette voie là que l’être pourra en savoir quelque chose sur lui-même, véritablement, sur ce qu’il a de plus intime, savoir sur son désir inconscient.

Savoir, ce n’est pas comprendre. Ca ne se passe pas à partir du Moi. La castration s’introduit dans la cure chaque fois que le patient accepte que sa parole ne vienne pas de son Moi. Chaque fois qu’il accepte de jouer le jeu d’associer librement et qu’un signifiant se fraye un chemin jusqu’à sa parole.

Ce que j’essaie de vous dire là, et qui me semble important dans la conduite de la cure c’est de savoir repérer d’ ça parle. L’idée étant d’encourager le patient à aller piocher ailleurs, ailleurs que dans son Moi, un savoir sur son désir.

Lacan a bien différencié le sujet de l’énonciation, du sujet de l’énoncé. A partir de sa théorie du signifiant qu’il pioche chez Saussure, il nous apprend que c’est le signifiant qui gourverne dans le discours du sujet et, plus encore, c’est lui qui gouverne le sujet lui-même.

Cette primauté du signifiant, d’une importance technique et clinique majeure, renvoie au fait, qu’ « un discours en dit toujours plus long qu’il n’escompte en dire, à commencer par le fait qu’il peut signifier tout autre chose que ce qui se trouve immédiatement énoncé[1] ».

(...)

[1] Dor, J. (1985) Introduction à la lecture de Jacques Lacan. L’inconscient structuré comme un langage, Editions Denoël, p. 22.

 

 Ici, une vidéo extraite du colloque.

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