La technique psychanalytique (intervention au XXVIe colloque du RPH - 05 Avril 2014)

La technique psychanalytique (intervention au XXVIe colloque du RPH - 05 Avril 2014)

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Bonjour et bienvenue à tous pour ce nouveau rendez-vous que nous vous proposons autour d’une thématique que nous avons intitulé « Une clinique psychanalytique contemporaine ».

 

Nous inaugurons aujourd’hui un cycle de trois colloques dont le premier est axé sur la question de la technique en psychanalyse. Avant d’ouvrir le débat et d’entrer dans le vif du sujet qui nous réunit précisément aujourd’hui, la technique psychanalytique, quelques mots sur le thème général « une clinique psychanalytique contemporaine ». Pourquoi ce thème ? Parce que nous souhaitons venir vous parler ici de notre clinique, et plus précisément aujourd’hui de la conduite de la cure, depuis notre position de clinicien. Car en effet, ces colloques que nous vous proposons ici au RPH sont le fruit du travail de cliniciens, qui reçoivent quotidiennement des malades, des patients et des psychanalysants qui nous apprennent, chaque jour un peu plus, ce qu’est un symptôme, un conflit psychique et la lutte quotidienne contre un désir inconscient. Et chacune de ces personnes qui vient nous rencontrer nous permet de mesurer l’effet de la parole, l’effet de l’association libre, l’effet de l’ensemble des techniques qui structurent la cure. Et c’est de ces techniques diverses qui fondent notre méthode psychanalytique que nous allons traiter aujourd’hui.

 

Il me semble que cette question de la technique en psychanalyse est tout à fait fondamentale car elle se trouve au carrefour de divers enjeux essentiels, si nous souhaitons prendre soin de la psychanalyse, et c’est aussi notre désir. Je pense à trois enjeux. Tout d’abord, allons à l’essentiel, l’enjeu de la technique psychanalytique comme structure de la méthode psychanalytique, celle issue du travail et du génie de Sigmund Freud, méthode destinée à traiter divers désordres psychiques. La technique, complémentaire de la théorie, est un pilier de cette méthode psychanalytique qui a par la suite été affinée et magnifiée par quelques autres psychanalystes, je pense surtout à Jacques Lacan, qui a mis en exergue l’objet de la psychanalyse : le désir. Le désir, qu’il s’agisse, dans une psychanalyse, de le réanimer, de le révéler, de le libérer, le désir est au cœur de la technique psychanalytique. La technique est donc essentielle dans la finalité même d’une cure, elle en est la boussole, ce par quoi le clinicien peut conduire la cure et permettre à l’être de trouver la voie de son désir.

 

Mais qu’entendre par la technique en psychanalyse ? Elle nous renvoie tout d’abord à l’ensemble des recommandations, remarques et autres conseils que nous a légués Freud dans son œuvre et qui ont marqué l’ensemble de la mise en place de la méthode psychanalytique. Dans l’histoire du mouvement freudien, ce qu’on appelle technique de la psychanalyse concernent les procédures d’intervention cliniques, thérapeutiques et interprétatives qui permettent de définir le cadre de la cure psychanalytique, celui-ci étant défini et délimité par des règles dites techniques. Elle nous renvoie ensuite à la continuité de l’histoire de la psychanalyse où les héritiers de Freud ont pu affiner et la technique, et la théorie, à la lueur de la clinique. Je pense ici notamment à l’apport considérable de Jacques Lacan qui a eu le courage de revoir les codes de cette technique freudienne, notamment avec des séances à durée variable où la parole du patient est ponctuée non pas par un réveil annonçant que les 45 minutes prédéfinies sont écoulées, mais par l’énoncé d’un signifiant. Cela lui valut les foudres de la communauté psychanalytique de l’époque, et le débat est toujours d’actualité. Pourtant, nous voyons tous les jours, dans notre clinique, à quel point ce qu’il nous a indiqué rend la technique vivante et efficace pour la conduite de la cure. La technique, de même que la théorie, évolue, et elles se nourrissent l’une et l’autre dans un perpétuel devenir. Elles ne doivent pas se figer dans des normes, des codes, mais évoluer avec ce que nous en dit la clinique, c’est-à-dire la parole des patients et des psychanalysants qui peuplent nos salles d’attente et qui ont le désir, et le courage, de venir rencontrer un psychanalyste. Cependant, même si elle ne doit pas être figée, la technique c’est tout de même des consignes qui sont nos outils, à nous, cliniciens, pour conduire la cure et ne pas nous égarer.

 

Plus concrètement, il peut s’agir de la durée des séances, de leur nombre, de l’association libre qui est la règle fondamentale, du paiement des séances manquées, de l’entrée en psychanalyse, de la sortie de psychanalyse et bien d’autres. Je peux citer aussi des techniques propres au RPH, issu du travail de Mr de Amorim, lecteur assidu de Freud et de Lacan, qui affine à son tour ce qu’ils nous ont transmis : je pense à la technique de l’écarteur, de la nomination, de la cônification du transfert etc. C’est à partir de toute cette matière que nous travaillons quotidiennement à développer une clinique psychanalytique contemporaine.

 

Cette technique, pourquoi est-elle si importante ? Et pourquoi mérite-elle un colloque à elle-seule ? Car elle est nécessaire et essentielle pour nous permettre d’admettre la psychanalyse comme une science, définie par un objet, en ce qui nous concerne le désir, et une méthode, soutenue par cette technique, qui permet d’accéder au savoir sur le désir. Là est le deuxième enjeu que j’entrevois. C’est grâce à cette technique, élaborée et nourrie depuis plus d’un siècle, que nous ne faisons pas n’importe quoi dans nos cabinets de consultation. C’est grâce à cette technique, dont nous voyons les effets dans la cure, que nous pouvons tirer l’être malade jusqu’à la position de patient, puis de psychanalysant, puis de sujet, à savoir un être debout, capable d’assumer la responsabilité de son existence avec joie et souplesse, suivant la cartographie située derrière moi et mise en place par le Dr de Amorim.

 

Dans le titre du cycle de colloque que nous ouvrons aujourd’hui, il y a le mot contemporaine, pour une « clinique psychanalytique contemporaine ». Pourquoi contemporaine ? Ce n’est pas par hasard. Les mots ne viennent jamais par hasard, vous le savez. Contemporaine justement parce que la psychanalyse évolue avec son temps et avec ceux qui la font, et la défont. La technique psychanalytique a beaucoup évolué depuis Freud, et heureusement. Grace à Jacques Lacan, la technique psychanalytique a clairement pu prendre pour fonction d’introduire la castration, car c’est bien de cela qu’il s’agit dans une cure psychanalytique digne de ce nom, qui relève de la fonction du clinicien, et grâce à laquelle l’être souffrant peut passer de la première à la dernière colonne de cette cartographie.

 

La technique psychanalytique, lorsqu’elle est bien utilisée, bien maniée, avec rigueur mais avec souplesse, résistances du patient obligent, c’est notre boîte à outils, à nous cliniciens, que nous soyons mis en position de psychothérapeute ou de supposé-psychanalyste. Ce sont nos outils pour opérer dans le champ opératoire et transférentiel de la cure, depuis la première prise de contact au téléphone jusqu’à la sortie de psychanalyse. La technique, elle est entre les mains du clinicien qui doit apprendre à sortir les bonnes cartes, au bon moment. Elle permet tout simplement, même si la clinique n’est jamais simple, de mener à bien les cures que nous avons la responsabilité de mener jusqu’à bon port, si le désir de l’être est au rendez-vous.  

 

Et lorsque je dis qu’elle doit être bien utilisée et bien maniée, j’entends ici qu’en effet, la technique psychanalytique, elle s’apprend. Elle s’apprend d’abord dans le frottement quotidien avec la clinique bien sûr, mais aussi avec l’aide de nos supervisons et des ainés qui nous aident à nous y repérer. Cela rejoint ici le troisième et dernier enjeu que m’évoque cette question de la technique. Le premier enjeu était celui de la technique comme support même de la méthode psychanalytique, méthode de traitement psychique, le second était celui de la technique comme garantie de la psychanalyse comme science, le troisième enjeu est selon moi que la technique renvoie également à la question de la formation des psychanalystes. Il en sera question dans nos prochains colloques, je n’en dis donc pas beaucoup plus, mais je crois que même si la psychanalyse se réinvente sans cesse comme le disait Lacan, la technique psychanalytique a à se transmettre malgré tout, afin de former des cliniciens qui pourront conduire correctement des cures sans être noyés dans l’imaginaire du transfert ni les résistances du patient. Car comme l’a dit Sénèque, « il n’est pas de vent favorable pour celui qui ne sait pas où il va ». Et le clinicien doit savoir où il va et se repérer dans la cure.

 

Pour conclure cette mise en bouche et laisser le soin à mes collègues d’entrer dans le détail, je dirai que ce qui nous a semblé important et sujet à débat aujourd’hui c’est finalement comment s’exerce la psychanalyse aujourd’hui, en 2014 ? Comment le clinicien opère-t-il dans la clinique ? Quels sont les effets de la technique pour le malade, le patient, le psychanalysant ? Le clinicien opère-t-il de la même façon avec un enfant, un névrosé, un malade organique, un psychotique ou un pervers ? Tant de questions fondamentales que soulève la question technique en psychanalyse qui, loin de rester figée dans une doctrine monolithique, a su modifier sa pratique au fil des années, depuis Freud qui a osé donner la parole au patient plutôt qu’à la nosographie médicale, jusqu’à aujourd’hui.

 

Je laisse la parole à mes collègues.

 

 

 

(Vous pouvez voir ici la vidéo de cette intervention)

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